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Rencontre avec : Pierre-Emmanuel Lyet

Attaché à Paris, et plus particulièrement au quartier de Belleville, l’artiste Pierre-Emmanuel Lyet nous plonge dans une ville festive, lumineuse et joyeuse à travers des dessins colorés. Entre fantasme et réalité, sa série « Mirages », qui était exposée en octobre à la SLOW galerie, évoque les paysages des noctambules et nous invite à rester positif en ces temps troublés. Rencontre.

Muuuz : Quel est votre parcours ?
Pierre-Emmanuel Lyet : J’ai fait les Arts Décoratifs de Paris, en section animation et design graphique. Après mon diplôme, j’ai travaillé pendant dix ans sur des projets en animation, notamment des courts métrages (Parade en 2009, La Nuit Américaine d’Angélique en 2016), des programmes courts pour des institutions ou la télévision (Pierre et le loup en 2015) et des clips (Origami pour Rone en 2018). Je travaillais une écriture graphique minimale, avec beaucoup de typographie, et j’ai appris énormément sur la direction artistique et le fait de se mettre au service d’un projet global.

Aujourd’hui, vous dessinez beaucoup. Quelle place occupe le dessin dans votre pratique artistique ?
Il y a cinq ans, je suis parti en voyage à New York et je me suis remis au dessin. Je n’avais pas de pression particulière, c’était vraiment pour mon plaisir. J’avais envie de revenir à quelque chose de plus organique. Je voulais travailler une écriture personnelle qui serait directement couchée sur le papier avec peu d’interventions numériques. Cela m’a conduit à exposer mon travail à plusieurs reprises, notamment dans les expositions « Let Go » en 2016, « Temps Retrouvés » en 2018 et « Mirages » en 2020. Ce qui était au départ un à-côté a pris peu à peu plus de place dans mon activité professionnelle : j’ai eu des commandes venant de la presse d’abord, puis de l’édition. Aujourd’hui, je partage mon temps entre l'illustration et l’animation. Ce sont deux pratiques qui se nourrissent mutuellement.

Selon vous, la série « Mirages » est « une exploration ». Pourquoi ?
C’est d’abord une exploration urbaine. J’ai voulu m’aventurer dans le Paris où je vis, celui que je connais bien, celui des hauts de Belleville et de la colline de Ménilmontant. C’est un environnement très attachant, parfois un peu crade, mais c’est ma ville. Je suis né et j’ai grandi à Paris. Avec « Mirages », je crois que j’avais besoin de dessiner des choses que l’on ne voit pas souvent, d’une fenêtre de bus embuée à une terrasse de bar bondée, d’un toit de faubourg aux architectures disparates du 20ème arrondissement, mais en les explorant en nocturne. Ce sont des images qui me hantent, qui sont en moi.

Quelle est l'originalité de cette série ?
Plus j’avançais et plus j’avais envie de pousser les limites du médium que j’utilise : les crayons de couleurs. Je voulais voir jusqu’où je pouvais aller. Je voulais insuffler une dose de fantastique et je me suis tourné vers des couleurs fluorescentes qui ajoutaient une certaine étrangeté à mes images. Je pense que grâce à ces couleurs, les dessins ne sont pas naturalistes et qu’ils laissent planer le doute sur la véracité de ces instants. C’était surtout cette frontière entre fantasme et réalité qui m’intéressait.

À quoi son titre fait-il référence ?
Les « mirages », ce sont ces instants perdus dans nos mémoires, ces petits moments anodins dont on se souvient et dont on n’est plus si sûr de la véracité. Ai-je vu ces deux jeunes sur le toit de l’immeuble ? Je ne crois pas. Mais j’ai pourtant l’impression de l’avoir vécu, si bien que je le dessine. Le dessin permet, quelque part, d’inventer sa propre réalité.

Vous habitez à Belleville. La vie quotidienne de ce quartier vous inspire, et souvent vous représentez des scènes quotidiennes dans des paysages urbains. Quel est votre rapport à l'architecture ? Quelle est sa place dans vos œuvres ?
Quand j’ai commencé mes études d’art, je préférais les cours de perspective. On se baladait dans Paris, on se trouvait un bout de trottoir et on dessinait. J’adorais cette simplicité. D’une manière générale, j'ai toujours été sensible à l’architecture et à l’identité des villes : quand j’ai commencé à travailler, je me suis installé dans le 19ème arrondissement, et ce fut un choc visuel. Ayant grandi Rive gauche, je découvrais ces quartiers où les constructions modernes côtoient les immeubles haussmanniens ou de faubourg. D’aucuns trouvent que c’est parfois aberrant ou moche. Moi, j’y vois une certaine beauté : une diversité qui fonctionne aussi en miroir avec ses habitants. Je découvre toujours de nouvelles choses dans ces quartiers et c’est très riche visuellement, comme un grand terrain de jeu – et humainement aussi. Cette dimension, j’avais envie de l’inclure dans l’exposition, en dessinant par exemple la rue de Belleville et son effervescence nocturne ou les immeubles de la rue Pixérécourt qui est un bon exemple de cette diversité.

Entre fiction et réalité, vos dessins nous plongent dans des scènes de vie joyeuses. Quelles émotions souhaitez-vous susciter chez les spectateurs ?
Je crois que ces derniers mois ont été difficiles pour les parisiens. Nous sommes très attachés à nos cafés, nos rues, nos espaces publics. Malgré tous les maux qu’on reproche à cette ville et à ses habitants, nous aimons la fête et la chaleur des contacts humains. J’ai eu envie de parler de ça dans mes dessins. Dans Palo Alto, on voit des trentenaires en terrasse de ce bar qui discutent, rigolent ou fument des clopes. Au premier plan, j’ai dessiné cette jeune femme dont le visage est coupé à moitié. On ne voit que air inquiet et son regard qui regarde vers le ciel. Peut-être se demande-t-elle ce qui risque encore de nous tomber dessus ? Je voulais toucher au cœur ceux qui connaissent ces quartiers et cette ville telle que je la connais, et donner à voir aux autres sa singularité. Une partie des dessins ont été réalisés pendant le confinement. Paradoxalement, c’est à cette période que sont venus les dessins les plus amplis d’espoir et de joie. J’ai dessiné ce que j’avais besoin de ressentir. J’ai fini ma série « Mirages » à la fin de l’été avec Célébrations. Dessiner tous ses gens en train de faire la fête, chez eux, sur les toits, dans la rue, c’était presque cathartique. J’avais l’impression de partager cela avec pleins de gens et de me libérer de la pression du confinement. Aujourd’hui, beaucoup de gens me parlent de cette image comme un remède à la déprime. Ça me fait super plaisir !

Pour en savoir plus, visitez le site de Pierre-Emmanuel Lyet.

Visuels : © Pierre-Emmanuel Lyet

La rédaction

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