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La Grande-Motte : Terre d'architecture

La Grande-Motte, chichi, chouchou, beignets ? Certes, mais pas que ! Depuis 2010, suite à l'obtention du label Patrimoine du XXe siècle, la ville, située à quelques encablures de Montpellier, longtemps sujet de doux quolibets tels que « Sarcelle-sur-mer » ou « La Grande-Moche », renaît de ses cendres. Une terre d'architecture à redécouvrir dès que possible.

En 1963, en pleine Trente Glorieuses, le Général de Gaulle lance une idée folle : faire émerger des inhospitaliers marais de Camargue, sur 180 kilomètres de côte, six villes nouvelles – dont une ne verra pas le jour –, séparées par des zones naturelles.
C'est alors la période de l'émergence d'une société de loisirs, de l'introduction des congés payés et, plus globalement, de la hausse du pouvoir d'achat. Ce projet balnéaire et plaisancier d'ampleur ambitionne d'éviter le départ massif des touristes français sur la Côte d'Azur ou à l'étranger, notamment sur la Costa Brava espagnole. Aux commandes, un haut fonctionnaire, Pierre Racine, qui donne son nom à la Mission éponyme, épaulé par une équipe d'architectes désignés par le ministre de la Construction de l'époque, Pierre Sudreau, sans appel d'offre préalable. Georges Candilis réalisera Port Leucate et Port Barcarès ; Jean Lecouteur Le Cap d'Agde ; Raymond Gleize et Edouard Hartané Gruissan ; et Jean Balladur, celle qui a été la station pilote du programme : La Grande-Motte, dont le nom provient de la dune qui occupait au préalable la zone. « Jean Balladur n'a pas été privilégié car le site était pourri », juge Richard Felices, dit Ricardo, ancien directeur du Palais des congrès et « mémoire vive » de cette ville qu'il connaît depuis sa création.

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Jean Balladur – qui n'est pas le cousin d'Edouard, contrairement à la croyance populaire –, appelle alors en renfort sept urbanistes, choisis par copinage. Mais avant d'esquisser les plans de cette création ex nihilo, il décide de partir voir du pays. Il s'agira d'un voyage quasi-initiatique. Il découvre alors le Mexique et ses pyramides, Teotihuacán notamment ; et le Brésil, avec la ville – également nouvelle – de Brasilia, créée de toute pièce par Oscar Niemeyer. On retrouve ainsi à la Grande-Motte une Place des trois pouvoirs, clin d'œil évidant à la surface éponyme de la capitale brésilienne. La physionomie de la ville doit aujourd'hui beaucoup à ces pérégrinations, et plus globalement aux idées humanistes et au rejet du Modernisme de son architecte, ancienne élève de Jean-Paul Sartre. « L'architecture contemporaine s'est contentée jusque-là de réaliser – et ça, je ne veux pas le dessiner –, des parallélépipèdes rectangles avec une modénature très sèche et très froide d'horizontales et de verticales », livrait le concepteur. Quand Ricardo l'interroge à la fin de sa vie sur sa vision de Le Corbusier, il livre « Le Corbusier était un architecte du dedans, moi un architecte du dehors ! » C'est ainsi que, contrairement aux projets réalisés par le maître du Modernisme, Jean Balladur ne s'est pas occupé de l'aménagement intérieur des logements – des T2 pour la plupart –, et n'a réalisé aucun mobilier, et a eu à cœur d'imaginer un lieu de vie à échelle humaine, grâce à une étude attentives des dimensions de quais de port – créés ici pour 1 000 bateaux -, et des places de villages ou cités estivales. S'il est aujourd'hui l'ambassadeur officiel de cette cité du front de mer méditerranéen, une soixantaine d'architectes de sa connaissance y a en réalité participé. En effet, le cahier des charges stipulait qu'il ne pouvait réaliser plus de 30 % des bâtiments et devait déléguer le pourcentage restant. Il restera en-dessous de ce quota et se contentera de concevoir les immeubles proches du port. Pour choisir les confrères participants : encore une fois, pas d'appel d'offre nécessaire. Finalement, le contrat liant Jean Balladur à La Grande-Motte ne prendra fin qu'en 1992 !

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Un chantier monumental s'engage alors en 1964. Première étape : assécher durant deux ans les marécages infestés de moustiques, creuser le port dont les digues sont achevées en 1966, et dessiner le plan d'urbanisme qui régira cette aire de 1 200 hectares vierge de tout bâti. S'en suit la construction des immeubles, au rythme titanesque de 200 logements par semaine – pour un objectif total de 110 000 lits. Quatre ans après le coup de pelle fondateur, les premiers vacanciers arrivent, en août 1968, et les habitants aménagent dans les pyramides inspirées de l'architecture maya, dont 80 % ont vue sur mer. Un master plan de génie donc, où les voitures sont reléguées à l'entrée de la ville couverte sur 70 % de sa surface par des plantes. On peut ainsi largement imaginer qu'à sa livraison, le lieu n'avait pas grand-chose à voir avec le lieu d'aujourd'hui baigné d'une végétation luxuriante.

« Le Languedoc-Rousillon est une zone rigoureusement horizontale, avec la mer à son extrémité. Il m'a semblé (...) que un profil pyramidal, parce qu'il assure un mouvement continu du sol à l'immeuble, recréait un relief artificiel, qui s'associe beaucoup mieux à un site d'un paysage horizontal que par exemple une tour verticale qui a un côté agressif et qui est une rupture avec l'horizontale du sol. » Jean Balladur, architecte de La Grande-Motte

 

Pour composer la nouvelle skyline de la cité côtière, l'architecte imagine quatre quartiers qui seront construits sur 20 ans, avec une modénature spécifique pour chacun : le Levant au centre-ville, dit « quartier masculin », symbole de virilité ; le Couchant dit « quartier féminin », tout en rondeur, disposé face à l'océan ; le Ponant, sanctuaire écologique orienté sur l'étang du même nom ; et le Point zéro, zone première de construction, regroupant lieux de vie sociale, économique et institutionnelle. La massivité du béton, utilisé pour la structures des bâtiments, à l'image de Brasilia, est rompue par les modénatures et formes variées données à chaque volume – conques de Vénus, bonnets d'évêques, arabesques, quetzals, nez, etc. –, permis par le matériau peu onéreux se pliant à toutes les excentricités plastiques grâce à la réalisation de moules pouvant être réutilisés.

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À la période « Grande-Moche », qui s'est étalée des années 1980 à 2005, où la ville symbolisait le tourisme de masse bas de gamme, a donc succédé une période de reconquête : la « Grande-Mode » grâce à l'investissement d'édiles locaux qui se sont mobilisés pour son classement au Patrimoine du XXe siècle, obtenu en 2010 par un jury de spécialistes qui a finalement classé la totalité de la ville, pas seulement un bâtiment, comme à son habitude.

Une revanche sur l'Histoire pour celle qui mérite de reprendre la place qui lui est due dans l'histoire de l'architecture contemporaine.

Pour en savoir plus, visitez le site de La Grande-Motte

Photographies :
01) © Nicolas Millet - Les dunes, les belles plages, sculpture, oiseau, architecture, Jean Balladur
02) © Nicolas Millet - Architecture, port, pyramides, graphisme, mer, grande pyramide
03) © Laurent Vilarem - Résidence Le Parador et ses jardins
04) © Olivier Maynard - Détail de la façade de la résidence Le Babylone
05) © e-com photos - C Baudot - Vue aérienne du quartier du couchant
06) © Regis Mortier photography - Vue aérienne du centre-ville
07) © Regis Mortier photography - Vue aérienne de pyramides du centre-ville
08) © Nicolas Millet - vue aérienne, grande pyramide, architecture, verdure, végétation, pyramide
09) © OT LGM-Nicolas Millet - Fidji, architecture, pyramide
10) © Olivier Maynard - Jardins de la Grande Pyramide
11) © Nicolas Millet - Plage, architecture, couchant, dune, conques, touriste, sport, animation, volley
12) © Henri Comte - Promeneurs et cyclistes sur la Promenade des Dunes dans le quartier du Couchant
13) © Nicolas Millet - conques, paradis du soleil, architecture, végétation, graphisme, Jean Balladur, quartier du Couchant
14) © Nicolas Millet - verdure, sculpture, végétation, vélo, circulation douce, durable, architecture
15) © OT LGM-Karen Kruit - Reflets du soleil couchant dans les vitres de la résidence Provence
16) © OT LGM-Nicolas Millet - architecture, vert, verdure, babylone graphisme, pyramide
17) © Regis Mortier photography - Façade de la résidence Le Poséidon
18) © Nicolas Millet - cheminée, les dunes, les belles plages, sculpture, oiseau, architecture, Jean Balladur

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